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La petite eau russe On dit souvent des russes qu'ils sont de solides buveurs et, si l'on en croit les données collectées par l'Organisation mondiale de la santé [1], il semble bien que cette réputation est loin d'être usurpée : avec de 15,76 litres d'alcool pur par an et par adulte, soit plus de deux fois et demi la consommation moyenne à l'échelle planétaire (6,13 litres), les concitoyens de Vladimir Poutine seraient les quatrièmes plus gros consommateurs d'alcool au monde. Mais au-delà du volume, il faut aussi tenir compte des spécificités du mode de consommation russe. En schématisant un peu, on peut dire que la consommation des européens de l'ouest se caractérise par l'absorption régulière et largement répandue d'alcools légers : les français (13,66 litres/an) boivent bien sûr surtout du vin [2] à table tandis que nos amis irlandais (14,41 litres/an) sont, sans surprise, plutôt portés sur la bière au pub. En Russie, c'est tout à fait différent : on estime que trois russes sur dix sont totalement abstinents mais lorsque les sept autres se mettent à boire, ils boivent des spiritueux - pour ne pas dire de la vodka - et ils n'en boivent pas qu'un peu.Aujourd'hui, on appelle ça du binge drinking (« biture express » en mauvais franglais) mais en Russie, c'est une vieille tradition. Depuis au moins le Xe siècle, des visiteurs européens témoignent des beuveries auxquelles s'adonnent les sujets, hommes et femmes, de la sainte mère Russie et on sait que les tsars n'ont pas seulement toléré cette habitude mais ils l'ont même encouragée : c'est-à-dire que la vodka, la « petite eau » russe, a toujours été l'instrument fiscal privilégié des tsars comme de leurs successeurs. L'histoire remonte sans doute à la fin des années 1540, lorsqu'Ivan le Terrible cherche à pallier une administration fiscale inexistante en créant des kabaks, des débits de boissons dont les revenus sont directement reversés au trésor royal. Il semble que l'opération ait été profitable puisque pratiquement tous ses successeurs, de Pierre le Grand à Nicolas II en passant par Catherine II, s'accordant ou monnayant le monopole de la vodka, utiliseront cette source de revenus. Et bien leur en a pris : au début du XXe siècle, on estime généralement que la vente de « petite eau » représentait à elle-seule - tenez-vous bien - un bon tiers des revenus de l'État. Pour autant, il ne faut pas croire que le russe moyen de l'époque tsariste était un alcoolique invétéré et ce, pour une raison [...] http://ordrespontane.blogspot.fr/2013/12/la-petite-eau-russe.html |