Sa Majesté change de maîtresse !

Posted by Guillaume Nicoulaud  
Sa Majesté change de maîtresse !

« - Grande nouvelle ! Le roi a congédié madame de Mailly, pour prendre sa soeur madame de la Tournelle. Cela s'est passé avec une dureté inconcevable de la part du roi très-chrétien. C'est la soeur qui fait chasser la soeur ; elle exige son exil, et cette troisième soeur, prise pour maîtresse, fait croire à bien des gens que la seconde, madame de Vintimille, y a passé. »
- Argenson, Journal (5 novembre 1742).

En effet, le marquis ne se trompe pas : madame de Vintimille y a bien passé au même titre que trois autres de ses soeurs. Dans l'ordre d'apparition dans le lit de Louis XV, c'est madame de Mailly [1] qui avait ouvert le bal avant d'être évincée temporairement par madame de Vintimille [2] puis, par la duchesse de Lauraguais [3] et enfin, en ce début du mois de novembre 1742, par madame de la Tournelle [4]. Des cinq soeurs de Nesle, seule Hortense-Félicité n'aura jamais eu l'honneur de satisfaire l'appétit royal de Louis de France, quinzième du nom.

« Tu m'ennuies, j'aime ta soeur. » C'est ainsi que le roi aurait congédié madame de Mailly lorsqu'il prit la décision de la remplacer par madame de la Tournelle. C'est le premier acte de « dureté inconcevable » qu'évoque le marquis, juste avant que Louis ne chasse sa plus fidèle maîtresse de la cour - pour la deuxième fois. Louis XV n'était certes pas un gentleman. mais il était encore moins un homme fidèle.

Pourtant, la situation du royaume ne prête guère à la gaudriole. Voilà déjà quelques années que le peuple, surtout dans les campagnes, crève littéralement de faim. La France, dit une épigramme célèbre de l'époque, « est un malade que, depuis cent ans, trois médecins de rouge vêtus ont successivement traité. Le premier (Richelieu) l'a saigné ; le second (Mazarin) l'a purgé, et le troisième (Fleury) l'a mis à la diète. » Il y a déjà plus de deux ans, le duc d'Orléans, déposant un pain de fougère [5] sur la table du roi, avertissait : « Sire, voilà de quoi vos sujets se nourrissent. » Que fît le roi très-chrétien ? Eh bien, mon Dieu, rien.

Il faut dire que le Louis le quinzième a bien mieux à faire que de s'intéresser aux affaires du royaume. Son Éternité [6] est là pour ça, du moins en principe. Lorsqu'il n'est pas occupé à s'organiser des jeux de piste pour aller voir ses maîtresses (véridique) ou à les emmener assister au rut des cerfs dans la forêt de [...]

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