Souveraineté monétaire

Posted by Guillaume Nicoulaud  
Souveraineté monétaire

Lors d'un épisode précédent, nous avons vu pourquoi l'argument anti-euro qui veut que des économies dissemblables ne peuvent partager une même monnaie n'était, en réalité, par un argument anti-euro mais une critique de la politique monétaire en général.

Reste donc à traiter l'argument principal de ceux d'entre vous qui souhaitent abandonner l'euro pour revenir au franc : la monnaie unique, dites-vous, nous prive de notre souveraineté monétaire, revenir au franc c'est la recouvrer.

La souveraineté monétaire, comme vous le savez, c'est l'idée selon laquelle le pouvoir exclusif de battre monnaie est un attribut essentiel de la souveraineté d'un État - c'est-à-dire de sa capacité à exercer le monopole de la coercition sur son territoire. Au-delà de l'aspect purement symbolique, les raisons concrètes qui vous poussent à vouloir recouvrer cette part de souveraineté sont au nombre de deux ; voici vos arguments :

« En privant l'État de sa souveraineté monétaire, l'euro nous condamne à rembourser la dette publique. »

C'est tout à fait faux. Si votre politique consiste à renier les engagements que nous avons pris auprès de nos créanciers, il existe une méthode aussi simple, aussi radicale et à peine plus honorable : ça s'appelle un défaut de paiement.

En pratique, c'est à la portée de n'importe quel mauvais payeur : il suffit de déterminer les dettes que vous ne souhaitez pas honorer, de l'annoncer publiquement et de ne plus payer. C'est aussi simple que ça et vous n'avez naturellement rien à craindre de la « dictature des marchés » - Goldman Sachs, combien de bataillons ? - si ce n'est, bien sûr, qu'ils risquent de se montrer moins conciliants la prochaine fois que leur tendrez votre sébile.

La seule chose que l'euro vous oblige à faire en l'espèce, c'est de le faire franchement et d'assumer les conséquences de vos actes.

L'inflation, j'en conviens, est un outil bien pratique qui permet à un gouvernement « d'euthanasier les rentiers » discrètement tout en faisant porter le chapeau de son incurie à ses boucs émissaires traditionnels - spéculateurs, accapareurs et autres ennemis sans visage - mais ce n'est pas un outil digne d'une République. Si vous souhaitez euthanasier les rentiers, faites-le à visage découvert et taxez leur épargne.

Accessoirement, je précise que Madame Bettencourt n'a pas grand-chose à craindre d'une [...]

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