L'intérêt général et le nombre de Dunbar

Posted by Guillaume Nicoulaud  
L'intérêt général et le nombre de Dunbar

Si les mots ont encore un sens dans ce monde ou le sophisme tient lieu d'argument politique, on peut raisonnablement affirmer que toutes les tentatives d'avènement d'une société communiste à grande échelle ont échoué. Dans tous les cas, le projet marxiste-léniniste est resté comme bloqué dans sa phase « inférieure », l'étape socialiste et la dictature du prolétariat, sans jamais parvenir à la dépasser. La chrysalide, pour reprendre l'analogie de Trotski [1], n'est jamais devenue un papillon.

Pour autant, il est tout à fait faux de dire que le communisme n'a jamais existé. Des sociétés communistes ont existé depuis la nuit des temps et certaines continuent à fonctionner aujourd'hui encore. Mais ce que l'expérience des siècles suggère avec insistance, c'est qu'un tel ordre social ne peut exister et perdurer qu'à très petite échelle.

Communisme réel

Typiquement, les colonies huttériennes sont des exemples vivants de sociétés communistes qui perdurent depuis des centaines d'années et semblent se porter le mieux du monde. En effet, outre l'aspect religieux [2], ces communautés pratiquent la propriété collective d'à peu près tout, fonctionnent sans argent et appliquent au pied de la lettre le célèbre aphorisme de Louis Blanc [3] : « de chacun selon ses facultés, à chacun selon ses besoins. » Les huttériens n'ont pas, à proprement parler, d'état parce que l'usage de la coercition est inutile ; ils travaillent pour le bien commun et consomment frugalement sans aucune incitation individuelle et, de manière très significative, leurs colonies sont pour l'essentiel autonomes - c'est-à-dire qu'elles fonctionnent sans pratiquement aucune aide extérieure.

Si j'écris « les colonies huttériennes », c'est parce qu'on en compte près de 500 disséminées entre le Canada et les États-Unis. Et si ces colonies sont si nombreuses, c'est parce qu'il existe une règle chez les huttériens qui veut que lorsqu'une communauté atteint le seuil de 150 individus, elle se sépare en deux et créé une colonie soeur. Si vous interrogez un huttérien sur la raison d'être de cette tradition ancestrale, il vous répondra qu'en petits groupes, les gens sont plus proches, plus unis, et que c'est « très important si vous voulez être efficace et réussir une vie communautaire » [4] tandis qu'au-delà de 150 personnes dans une même colonie, des clans se forment et la vie communautaire n'est plus possible. Or, ce que ce chiffre de 150 a de remarquable c'est [...]

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