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La machine à perdre Voltaire rejoint l'Angleterre en homme de lettres ; il en reviendra philosophe. Durant ces deux années d'exil, l'auteur d'?dipe, ce « nouveau Racine » comme on l'appelait désormais, va avoir tout le loisir de mesurer le monde qui sépare la France du jeune Louis XV de l'Angleterre du roi George [1]. Au sud de la manche, tout n'est que verticalité. Le roi y est aussi absolu qu'il se désintéresse manifestement des affaires du royaume tandis que, dans la plus pure tradition colbertiste, Son Éternité le Cardinal de Fleury et Monsieur Orry décident, réglementent, ordonnent, interdisent et embastillent à tout-va ; s'appuyant, pour ce faire, sur une administration déjà aussi tentaculaire qu'elle est inefficace et nourrissant au passage une nuée de créanciers. Le peuple, quant à lui, croule sous l'impôt et meurt littéralement de faim. Mais outre-Manche, tout est différent. Le royaume du roi George, c'est aussi celui de John Locke : une monarchie constitutionnelle et qui plus est libérale. Le commerce y est florissant, la révolution financière est déjà en cours [2] et la Royal Society s'impose déjà comme l'épicentre de cette Europe qui pense ; ce petit nombre de philosophes que l'on n'appelle pas encore des scientifiques. Quand Voltaire revient en France, il sait déjà que quelque chose est à l'oeuvre et que l'avenir du monde se joue en Angleterre. La Société et l'AcadémieIl faut dire qu'en ce début du XVIIIe siècle, le monde des philosophes est en pleine ébullition. « Le nombre de ceux qui pensent, écrit Voltaire [3], est excessivement petit » mais si le nombre n'y est pas, la qualité, en revanche, ne fait pas défaut. Ils viennent de partout, ils s'appellent Newton, Leibniz, Laplace, Bernoulli, Euler, Huygens, ils ont leurs publications, ils se connaissent, communiquent entre eux et contribuent, chacun dans ses domaines de prédilection, à la plus formidable avancée scientifique que l'humanité ait jamais connu. Face à cela, deux modèles s'opposent sur presque tout : celui de la Royal Society de Londres et celui de l'Académie Royale des Sciences parisienne [4]. En apparence, pourtant, elles ont bien des points communs : toutes deux sont sociétés exclusivement tournée vers la recherche scientifique, elles sont nées officiellement [5] à moins de quatre ans d'écart et leurs travaux faisaient l'objet de publications les toutes premières revues scientifiques de l'histoire : le Journal des sçavans à Paris et les Philosophical Transactions de la Royal Society [6]. Mais la [...] http://ordrespontane.blogspot.fr/2014/02/la-machine-perdre.html |