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La règle du jeu Au 31 décembre 2011, alors que la crise grecque battait son plein, le total du bilan de Laiki Bank était équivalent à 188% du PIB chypriote et la banque opérait avec un effet de levier de 55x (voir page 60). Par effet de levier, j'entends ici le total de l'actif rapporté aux fonds propres - un dessin valant mieux qu'un long discours : un levier de 55x, ça ressemble à ça (en millions d'euros) : Alors que la plupart des commentateurs se demandent comment - Ô, mon Dieu comment ? - le législateur et la myriade d'instances de contrôle qui sont supposées surveiller les banquiers ont pu laisser passer ça, je vais essayer de vous expliquer pourquoi, dans un système bancaire sain et même en l'absence de régulateur, un tel monstre n'aurait jamais dû exister. Le gambit du capital Au premier abord, on pourrait penser que les actionnaires de Laiki auraient dû être les premiers à s'alarmer d'une telle situation. Après tout, les 601 millions d'euros de capital qui risquent de partir en fumée au moindre coup de tabac, c'est leur argent. De là, un certain nombre de commentateurs en concluent - conformément aux prédictions de l'effet Dunning-Kruger - que les banquiers sont incompétents et donc, qu'il faut les mettre sous la bienveillante tutelle des politiciens (lesquels ne connaissent des banques que les distributeurs automatiques de liquide). Mais en réalité, il existe une situation dans laquelle utiliser des effets de leviers aussi monstrueux au risque de faire sauter la banque de l'intérieur est parfaitement rationnel du point de vue des actionnaires. Imaginez que vous soyez le gérant d'une petite Sarl dans laquelle vous avez investi 1 000 euros - ce qui fait que vous n'êtes engagé personnellement qu'à hauteur de ces mêmes 1 000 euros - et que vous décidiez, dans un moment d'enthousiasme débridé, de devenir riche en faisant un énorme pari sur le CAC 40. Votre plan consiste à trouver un créancier qui accepte de vous prêter 999 000 euros de telle sorte que, avec le million d'euro dont vous disposez, vous allez pouvoir acheter 250 contrats futures sur le CAC 40 - soit une exposition totale de 9 282 500 euros à l'heure où j'écris ces lignes (250 x 3 713 x 10) - et gagner 92 825 euros pour chaque point de hausse de l'indice. Avec ce montage simple, vous pouvez gagner des centaines de milliers d'euros si le marché monte et, dans le cas contraire, vous ne perdez que vos 1 000 euros de capital. Admettez-le, c'est tentant : dans ce cas, il est tout à fait rationnel de risquer l'intégralité de votre capital sur un coup de poker. Évidemment, me direz-vous, il est hautement improbable que vous trouviez un jour un créancier assez stupide pour vous prêter une telle somme alors que non seulement, vous n'avez que 1 000 euro de capital mais qu'en plus, vous vous apprêtez à schpiler [1] comme un laquais sur des contrats futures. Bien sûr, vous avez parfaitement raison : c'est impossible. Sauf si vous êtes une banque. L'aléa moral Il se trouve que, depuis des décennies, nos gouvernants et leurs banques centrales se sont mis en tête qu'une banque ne devait pas faire faillite. Entendez-moi bien : il n'est pas ici question, lorsqu'une banque est en difficulté, de sauver ses actionnaires mais ses créanciers, ceux qui lui permettent de s'endetter et, au premier chef, les déposants. Fonds de garantie des dépôts bancaires, lignes de crédit et prises de participations des États, prêts à taux défiants toute concurrence de la banque centrale... Depuis des décennies, les pouvoirs publics - et donc les contribuables - se portent systématiquement garants des dettes de leurs banques et mettent tout en oeuvre pour les créanciers de ces dernières soient à l'abris en cas de faillite. [...] http://ordrespontane.blogspot.fr/2013/03/la-regle-du-jeu.html |