![]() ![]() |
À bas Big Mother ! Entendons-nous bien : si ma fille [1] devait un jour m'annoncer qu'elle se fait rémunérer pour allaiter un enfant ou, pire encore, si elle devait m'avouer avoir vendu un de ses reins, je serais le premier à en être profondément affligé. Ce serait, pour moi comme pour sa mère, un terrible échec. En tant que père, je saurai à ce moment que je n'ai pas été capable d'offrir une vie décente à la chair de ma chair et, de toute évidence, c'est sur mon épouse et moi-même que retombe le poids de cet échec. J'en serai, profondément et irrémédiablement, meurtri. Pour autant, suis-je en droit de le lui interdire ? La réponse, sans aucune équivoque, est non. Définitivement non. C'est son corps ; pas le mien. Elle sera toujours ma fille, mon bébé, et tant que j'aurais un souffle de vie, elle pourra toujours compter sur son vieux père mais cela ne me donne aucun droit sur l'usage qu'elle fait de son corps. C'est son corps, sa vie ; c'est un don définitif et sans condition. Ma fille, son corps et son âme, ne m'appartiennent pas, pas plus qu'ils n'appartiennent, n'en déplaise à Madame Rossignol [2], à l'État : ils n'appartiennent qu'à elle seule et elle seule peut légitimement décider ce qu'elle souhaite en faire. Or voilà : ce que je ne suis pas en droit de faire en tant que père pour ma propre fille, je ne suis pas en droit de le faire en tant que citoyen pour une parfaite inconnue. Le fait qu'une jeune maman de 29 ans loue ses seins pour allaiter des nourrissons aura beau me déranger, me choquer ou même me révulser, ce ne sont pas des motifs suffisants pour en réclamer l'interdiction. Je pourrais, à la rigueur, arguer d'une hypothétique atteinte à mes droits fondamentaux ou à ceux des nourrissons concernés mais ma position serait bien fragile tant le crime allégué, n'en déplaise à Madame Boyer [3], ne fera de toute évidence aucune victime. J'entends d'ici celles et ceux qui hurlent à « la marchandisation du corps », symbole, selon eux, de l'ultralibéralisme, de la perte des repères et de la détresse morale qui caractérise notre temps. Puis-je, à l'instar de Gil Mihaely et Daoud Boughezala [4], vous rappeler que, des siècles durant, des nourrices bretonnes ou bourguignonnes ont, moyennant finances, nourrit au sein les enfants de la bourgeoisie francilienne ? Le fait est qu'avant la loi du 18 décembre 1989, une femme pouvait, en toute légalité, vendre son lait sans que personne n'y trouve rien à redire. Ce qui caractérise ces trois dernières décennies, ce n'est donc pas la [...] http://ordrespontane.blogspot.fr/2013/08/a-bas-big-mother.html |